Algeria / 26-10-2008

Le Tsunami qui n'a pas eu lieu Par Manfred Gerstenfeld

On dit que la crise financière est énorme, mais où est la vague d'antisémitisme qui aurait du l'accompagner? L'analyse économique du marché de la haine internationale peut expliquer où a disparu la marchandise antisémite.

Déjà lors des premiers jours de la crise économique, des journalistes juifs écrivaient que les juifs seraient accusés de la crise. Selon la tradition antisémite, disaient-ils, les juifs ont toujours été identifiés à l'argent. Les journalistes n'ont pu ignorer le fait que les principaux partenaires de la banque Lehman Brothers – que le gouvernement Américain a laisser s'écraser – sont juifs. Les journaliste s'attendaient à ce que de nombreux autres noms juifs soient liés à la crise. Dans une conversation personnelle, l'un des journalistes a exprimé un argument particulièrement sophistiqué, selon lequel le monde économique n'est pas compréhensible pour un observateur "usuel", ce qui donne une parfaite opportunité d'accuser les juifs pour tout ce qui ne va pas dans le système. Les juifs ont souvent été accusés dans le passé de catastrophes dont l'origine était incertaine, par conséquent cela arrivera cette fois aussi.

En fait, malgré le fait que la crise économique est sans aucun doute de très large envergure, l'antisémitisme qui s'est réveillé à sa suite est resté surtout confiné à l'univers des blogs sur l'internet. 'La Ligue Contre la Diffamation' a rapporté une "croissance dramatique du nombre d'expressions antisémites dans les discussions sur internet ayant pour sujet l'argent et l'économie". Le nouvel élément ici est l'expansion de ces expressions aux blogs économiques; les sites néo-nazis, antisémites et anti-israéliens cherchent de toutes façons toute occasion de relier leurs messages de haine aux principaux événements de l'actualité et il est donc naturel qu'ils profitent également de l'occasion actuelle pour blâmer les juifs.

La conspiration qui a attiré un intérêt particulier sur l'internet est celle qui argüe que les directeurs juifs de Lehman Brothers ont transféré 400 milliards de dollars en Israël un mois avant la faillite, alors que la crise était tout près. Pour toute personne qui n'est pas économiste, tous les grands chiffres se ressemblent. L'absurde de ce non-sens est que si la banque avait une liquidité de cet ordre, elle n'aurait évidemment pas fait faillite. Il est également tout à fait impossible que les banques Israéliennes puissent absorber de telles sommes, et même des sommes beaucoup moins importantes.

Celui qui a ajouté de l'huile sur le feu de l'antisémitisme est le porte-parole du Hammas, Pauzi Barhoum, qui a dit que la crise était le résultat de "la mauvaise gestion économique et organisationnelle du système bancaire qui a été créé et est contrôlé par le lobby juif". Mais Pauzi Barhoum et ses semblables, les distributeurs de la propagande de haine arabes, qui ont accusé les juifs de la crise économique, sont restés relativement seuls.

Les produits anciens

Comment est-il donc possible d'expliquer le fait qu'il n'y a pas eu de tsunami antisémite après le tremblement de terre économique? Certains affirment que le tsunami viendra et qu'il y a dont tout lieu d'être inquiet. D'autres prétendent que l'antisémitisme a déjà disparu ou qu'elle est dans un processus de disparition au sein de la société occidentale. Cet argument est égal à celui des philosophes et des penseurs qui croyaient que la terre était plate, mais ceux qui sont derrière cet argument voient dans l'absence flagrante d'expression antisémite une preuve supplémentaire de leur approche.

L'explication la plus logique de l'absence de vague antisémite est différente. Nous vivons dans une société postmoderne, caractérisée par le parcellement de tout sujet dans les moindres détails. L'élément principal de l'antisémitisme pendant près de deux mille ans a été que les juifs, et aujourd'hui l'état d'Israël également- sont la parfaite incarnation du Mal. Les thèmes des trois tendances antisémitiques – la religieuse, l'ethnique et l'antisioniste, se ressemblent: les juifs cherchent a contrôler le monde (c'est-a-dire a obtenir l'argent et le pouvoir), ils ont soifs de sang (particulièrement du sang des enfants) et ils sont inhumains. Mais ces dernières années, ces thèmes se sont divisés en d'innombrables sous-thèmes, et les porteurs du drapeau antisémite se sont également divis également. Cela à l'encontre de l'époque Hitlérienne, où il y avait une force antisémite dominante dans le monde.

Dans des termes économiques: il existe un immense marché pour les supporteurs de l'antisémitisme et ce marché est lui aussi divisé. Une nouvelle marchandise – comme la propagande antisémite reliée a la crise économique – doit rentrer en compétition avec les "anciennes" marchandises contre le peuple juif. La plupart des producteurs de haine dirigent leur propagande contre l'état d'Israël; ceux qui dirigent leur marchandise antisémite contre les juifs sont généralement de moindre importance. La propagande antisémite liée à la crise financière, se concentrant particulièrement autour des juifs et moins autour d'Israël, n'a pas réussi a conquérir une large part du marché de la haine.

Manfred Gerstenfeld a publié de nombreux livres sur l'antisémitisme, le dernier d'entre eux est 'Le Masque Humanitaire – les Etats Nordiques, Israël et les Juifs'.